Jérémie Azou, un talent à la hauteur de ses ambitions


Champion du monde en titre dans sa catégorie, Jérémie Azou veut conquérir le graal à Rio. Entretien pour le blog playeur.co avec ce rameur aussi ambitieux que talentueux.

Quels sont tes objectifs pour Rio ?

Cela ne serait pas utopique que de penser à l’or. Nous sommes les champions du monde en titre donc légitimement, nous sommes parmi les favoris. Nous allons essayer de défendre notre titre en tentant de garder notre statut de leader dans la catégorie.

Champion du monde en France devant le public français, cela a du être un grand moment pour toi ?

C’était assez fort oui. On s’était vraiment mis une carapace blindée pour éviter de subir la pression. Et malgré cela, elle était quand même présente. Mais nous avons réussi à passer outre ces incroyables émotions et rester concentré sur notre objectif. C’est un truc à vivre, je pourrais dire que j’ai été champion du monde à la maison, un moment très fort dans ma carrière.

A coté de l’aviron, tu as fais des études ? Tu as un métier ?

Oui on a tous un métier, personne n’est professionnel dans l’aviron français. Il y a beaucoup d’ingénieurs. Moi j’ai fait kiné dans un premier temps puis ostéo. Cela fait des journées bien remplies mais on a pas le choix !

Est ce qu’on peut dire que pour un rameur une médaille olympique est une consécration ?

Bien sûr, et ce même si je considère que les JO pourraient perdre de l’intérêt pour notre discipline, malheureusement peu médiatique et peu pourvue financièrement. Je le dis comme je le pense, si un jour les JO deviennent une institution à but lucratif, et c’est le chemin qu’ils prennent, je pense que l’aviron ferait mieux de se retirer de l’olympisme. Les valeurs seront trop différentes de celles que l’on défend. Et je dis ça alors que l’aviron est l’une des bases des jeux olympiques modernes.

Champion olympique dans ton pays en 2024 ? 🙂

En tant qu’athlète je n’y serai pas, ce n’est pas possible. Physiquement ça le serait mais malheureusement le sport olympique français est amateur donc c’est compliqué de faire des longues carrières en aviron, contrairement aux anglais qui ont un statut professionnel, car ils ont beaucoup plus de budget. Je serai présent différemment et pourquoi pas en tant que kiné ou ostéo de l’équipe de France 😉 .

Est-ce que le peu de médiatisation du sport et donc le peu de partenaires est une difficulté pour l’aviron français, particulièrement à long terme ?

Ca va être un problème effectivement. Les choses évoluent mais c’est encore trop peu. Saluons la loi récemment adoptée pour accompagner le sport amateur français. Il y a pour moi une grande différence entre le sport professionnel que l’on voit à la télé et le sport de haut niveau que l’on aperçoit trop rarement aux JO. En aviron, on est à la traine par rapport à la tendance générale mondiale, c’est un fait. Face à des rameurs qui sont professionnels, notre marche de manœuvre reste minime malgré nos qualités physiques et techniques. L’un des facteurs limitant est la récupération. Si la mutation ne s’opère malheureusement pas, nos résultats ne seront plus à la hauteur et sans un athlète hors du commun, les sportifs français ne seront plus sur les podiums olympiques.

Est ce qu’avec l’arrivée des nouvelles chaines sport comme beIN Sports, L’équipe 21 ou Ma chaine sport, des sports vont suivre l’exemple du biathlon et devenir plus médiatique grâce à un grand champion ?

Cela ne suffira pas, à mon avis. Il faut rendre le sport attractif pour la télé, en aviron c’est possible mais on n’a pas les moyens de rivaliser. A titre d’exemple, est-ce que quelqu’un se souvient de la médaille d’argent obtenue par Dorian et Germain aux JO de Londres ? Non. Elle est passée inaperçue, Teddy Riner étant à l’antenne à ce moment. Nous y sommes habitués.
Si nous disposions d’autant de moyens pour créer un bassin olympique que le stade des lumières à Lyon, ça serait différent. Une autre difficulté, c’est qu’il faut une Laure Manaudou ou un Martin Fourcade qui font trois médailles aux JO. En aviron c’est physiquement impossible. Il faudrait que l’aviron fasse sa mutation pour trouver de la visibilité à la télé. Et ce n’est pas en réduisant les distances que nous y parviendrons, le sport en serait dénaturé. Je le regrette car notre discipline est très photogénique et pourrait être télégénique. Le dépassement de soi est incroyable et l’environnement est super.

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