Pascal Perri décrypte l’économie sportive (1/2)


Votre blog playeur.co s’est entretenu avec Pascal Perri, économiste et chroniqueur sur RMC, pour parler de grandes questions économiques liées au sport. La deuxième partie de l’entretien sera publié demain.

Pascal, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Pas si simple en quelques mots. Pour aller au plus simple : Je dirige un cabinet de conjoncture spécialisé dans les politiques de tarification que j’ai fondé il y a plus e 10 ans après avoir managé des entreprises dans des secteurs très différents comme l’agroalimentaire ou les services. Ma formation est double : un troisième cycle en Sciences de gestion et un autre en géographie-aménagement. Depuis une dizaine d’année, je participe aux GG de RMC, je suis le « joker » d’Eric Brunet pendant ses vacances (Carrément Brunet de 13 à 14h) et j’apporte régulièrement un éclairage économique sur l’actualité sportive à l’agence RMC Sport. Nous avons été les premiers en radio à traiter rationnellement cet aspect des choses qui occupe désormais une place importante dans l’actualité générale du sport. François Pesanti, le patron de RMC Sport a été visionnaire. Les marques d’intérêt du public montrent qu’il existait un besoin non satisfait. Depuis le mois d’octobre, je participe au groupe de travail « compétitivité du sport français » dans le cadre de la conférence sur le sport en France du ministère des sports.

On a parlé de catastrophe économique avec l’élimination prématurée de l’Angleterre lors de sa coupe du monde de rugby. Qu’en penses-tu?

C’était d’abord une blessure d’orgueil. La Coupe du monde n’a pas été une catastrophe économique pour le pays organisateur. Les Anglais sont de remarquables organisateurs de spectacles, ils peuvent s’adosser à des stades modernes et confortables. C’est aussi un pays qui est parvenu à dé corréler la performance économique du résultat sportif. 2, 5 millions de billets vendus, 500 000 visiteurs étrangers, la (bonne) surprise japonaise, des demis et une finale remarquables. On a vite oublié les performances indigentes de l’Angleterre et de la France. J’ai eu la chance de me trouver à Cardiff un samedi soir alors que le Pays de Galles jouait à Londres contre l’Angleterre. L’ambiance était passionnelle. Plus tard à Londres, je n’ai pas senti les Anglais déconnectés de la compétition. Le seul échec de cette Coupe du monde était dans le calendrier des rencontres : trop de temps entre chaque round. L’esprit « feuilleton » de la compétition en a souffert.

Quelles seraient les conséquences économiques si la France venait à se faire éliminer prématurément de son Euro de football ?

A mon avis, faibles. Le ministère des sports parle de 2,5 millions de spectateurs, de 6 millions de visiteurs et d’un impact économique de 1,2 milliards d’euros. C’est peu par rapport au PIB (Plus de 2000 milliards d’euros) mais c’est une bouée de sauvetage pour les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration qui ont été lourdement impactés par la vague de terreur islamiste de novembre dernier. S’agissant des questions de sécurité, essentielles dans des manifestations publiques comme une coupe d’Europe, il faudra accepter que les conditions d’accès aux compétitions soient moins fluides que d’habitude. Si l’équipe de France disparaît rapidement (ce qui est peu probable à mon sens), la compétition restera suffisamment forte pour susciter l’intérêt du public. En revanche si l’EDF réalise un beau parcours, les Français sont capables de se lâcher. Nous sommes un peuple très cérébral et finalement assez cocardier. Prompt à la critique et prêt à s’enflammer. Ce sont nos paradoxes !

D’un point de vue économique le fait que le PSG écrase la ligue 1 est plutôt positif ou négatif pour cette compétition ?

C’est positif pour Paris et pour son immense zone de chalandise (12 millions de Franciliens) et c’est une bonne nouvelle pour le football français. Ce serait encore mieux si un deuxième club était en mesure de rivaliser avec Paris. Les spectateurs aiment les feuilletons, les courses à distance, la popularité du football repose sur l’incertitude du résultat. Des études très documentées ont montré que le public se désintéresse des compétitions quand les résultats sont connus d’avance. Il faut de la concurrence et si possible de l’intensité concurrentielle pour mobiliser l’enthousiasme du public. Si Marseille et Bordeaux pouvaient s’adosser à des actionnaires puissants et surtout ambitieux, le championnat de Ligue 1 gagnerait en attractivité.

Rendez vous demain pour la deuxième partie de l’entretien 😉

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2 commentaires sur “Pascal Perri décrypte l’économie sportive (1/2)

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