Pascal Perri décrypte l’économie sportive (2/2)


Votre blog playeur.co s’est entretenu avec Pascal Perri, économiste et chroniqueur sur RMC, pour parler de grandes questions économiques liées au sport. Deuxième partie de l’entretien aujourd’hui, pour retrouver la première c’est par ici 

Ma chaine Sport vient de réaliser un gros coup en achetant les droits de diffusion de la Premier League en France. Cette chaine que peu de français possèdent, pourra t-elle amortir son investissement ?

L’avenir est à la mobilité. On ne consomme déjà plus la télévision comme il y a 10 ans. Les grands groupes sont ubiquitaires, ils maitrisent les tuyaux et le contenu des tuyaux… Le pari est de valoriser des droits TV très disputés sur MCS et sur SFR. Les dirigeants d’Altice parlent de complémentarité entre les canaux de diffusion. C’est la télévision du 21 e siècle qui nait sous nos yeux. Le sport professionnel est d’abord un spectacle audiovisuel. Il doit pouvoir être vu partout. De nouveaux acteurs arrivent sur le marché des droits TV. Les géants du numérique pointent leur nez. La bataille du football est engagée. Avec la Premier League, MCS frappe un grand coup. C’est le spectacle le plus valorisé du monde. Le plus beau produit qu’on rêve d’avoir dans sa vitrine.

Que pensez-vous du modèle économique d’une chaîne comme BeinSports?

BeinSports est un des outils du soft power des Qataris. L’entreprise ne vise pas le profit. Elle a pour vocation de faire exister le Qatar dans la mondialisation. BeinSports, les investissements directs ou indirects dans les clubs, les Qataris préparent le Mondial 2022. BeinSport prétend avoir 2,5 millions d’abonnés. Compte tenu des coûts de grille, il en faudrait au moins le double. Natixis a rendu un rapport alarmant sur la situation financière de la chaine mais je ne m’inquiète pas pour cette entreprise, au moins à court terme.

Les modèles américains de ligues fermées (NBA, NHL, NFL) ont des économies plus stables, quelles en sont les principales raisons ?

Les Américains privilégient la maximisation du profit aux succès sportifs. La littérature économique des universitaires américains est remplie d’études montrant que les clubs les plus profitables ne sont pas ceux qui gagnent toujours. La logique des ligues fermées est de protéger les investisseurs en leur évitant l’incertitude du sport, incarnée dans nos championnats par le modèle des relégations. Nous ne sommes pas habitués au modèle des ligues fermées. Mais je plaide personnellement pour une Ligue 1 semi-ouverte : un championnat à 18 clubs avec 1 montée et une descente et un Play Off entre l’avant dernier et le second de Ligue 2 par match aller et retour.

Le e-sport est entrain de créer une véritable économie, pourra t-elle être pérenne dans le temps ?

Oui bien sur, le digital est entré dans les stades, les consommateurs veulent une expérience au stade qui intègre leurs habitudes numériques. On ne peut pas faire comme si le digital s’arrêtait au guichet. Il y a aussi les applications qui concernent les joueurs et les équipements. Nul secteur n’échappera à la transformation digitale.

Playeur.co est la première plateforme collaborative dédié au sport (location de matériels, terrains, coachings entre particuliers / sportifs), que penses-tu de l’adaptation du collaboratif au sport ?

Là aussi, c’est un peu plus qu’un modèle économique, c’est une nouvelle façon de produire, de consommer et d’échanger. Je suis très attentif à ces nouvelles offres dans tous les secteurs. Au passage, j’observe que l’arrivée de nouveaux entrants et d’innovateurs incite les offres historiques à se réinterroger sur leur pertinence. Tout ce qui secoue le marché, tous ce qui conteste la Doxa peut être utile. Playeur apporte des opportunités de pratique du sport. Vous participez à un service public du sport et de la santé. Vous êtes utile à la société.

Pour retrouver la première partie de l’entretien c’est ici 

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